Année 1988 - du n°46 au n°49 S | Revue des Œnologues n°46 | 17/09/2003

Modification artificielle des orages et lutte anti-grêle.

J.-F. MEZEIX
Docteur ès-Sciences - Responsable Scientifique du GNEFA.

De la page 43 à la page 49

Est-il possible de réduire la grêle ? Est-il possible d’augmenter les précipitations de pluie ? Est-il possible de supprimer les éclairs, les vents violents et les tornades ? En un mot, est-il possible de modifier artificiellement les orages ?
Questions scientifiques importantes, d’autant plus qu’elles ont aujourd’hui de fortes retombées économiques et sociales pour des États, des régions ou des collectivités. En France par exemple, la grêle occasionne chaque année des dégâts aux cultures pour un montant supérieur en moyenne à un milliard de francs.
Aussi dans l’histoire, depuis longtemps, l’homme s’est intéressé à la modification des orages : prières, processions, cloches d’église vont jusqu’à la fin du XlXe siècle accompagner l’agriculteur dans ses tentatives de lutte anti-grêle. À ces pratiques religieuses s’ajoutent divers procédés plus techniques mais tout aussi inefficaces : par exemple, au VIIIe siècle, des perches plantées dans le sol et surmontées de signes magiques, au XVle siècle, des pièces d’artillerie pour tirer dans les nuages, puis dans les années 1900, le canon anti-grêle, les Niagaras électriques, les fusées à explosion de cheddite.
Si toutes ces méthodes ont pu connaître et pour certaines connaissent encore un tel développement, c’est peut-être parce que la Science n’a apporté ni réponse explicative, ni moyens d’action satisfaisants et que, face à sa propre impuissance, l’agriculteur par une démarche active, a pu peut-être espérer se délivrer de l’angoisse et faire reculer le châtiment divin.
Mais depuis les années 1945, de nombreux progrès dans la compréhension de la physique des nuages et dans des possibilités d’action artificielle sur la microphysique des nuages, ont ouvert la voie de la modification scientifique du temps et des orages. Cependant, après 40 ans d’efforts et d’expérimentation, des résultats positifs statistiquement démontrés ne sont pas encore acquis par la communauté scientifique malgré les affirmations parfois contraires d’agriculteurs ou de firmes commerciales. Essayons de voir pourquoi !
Le GNEFA, équipe de recherche dans le domaine de la modification du temps, soutenu par le ministère de l’Agriculture et par plusieurs organismes professionnels agricoles, poursuit depuis une trentaine d’années, des études pour tenter de trouver des méthodes de lutte anti-grêle efficaces. En particulier, le GNEFA a assuré la participation française à la dernière expérience scientifique internationale (Suisse, Italie, France) en date dans le monde : l’expérience Grossversuch IV de test de la méthode soviétique de lutte anti-grêle. Après cinq années d’expérimentations scientifiques sur le terrain (1977-1981) et plusieurs Années d’analyses et d’interprétation des données, les résultats, acquis avec une précision et une confiance bien supérieures à celles des expériences précédentes, montrent que des difficultés demeurent pour modifier les orages.
Cet article présente un résumé des connaissances sur les orages et leurs possibilités de modification scientifique, les principaux résultats de l’expérience Grossversuch iV ainsi que l’avis des instances nationales françaises et internationales (Organisation Météorologique Mondiale) sur le difficile problème de la modification scientifique du temps et des orages de grêle.

Mots Clefs :
Orage
Grêle