Antoine VERDALE
Président de la Confédération des Coopératives vinicoles de France.
La Revue des Œnologues a souhaité que nous envisagions pour ses lecteurs, en quelques mots, l’avenir du mouvement coopératif vinicole en France, alors que la date de la réalisation du grand marché unique de 1993 se rapproche avec ses risques et ses espoirs.
Que votre organe de Presse soit tout d’abord remercié de nous donner ainsi la parole.
Une organisation économique - et la Coopération Vinicole n’échappe pas à la règle - présente toujours une continuité dans son évolution et ne progresse pas par saccades et ruptures successives.
Ainsi pour envisager ce que sera demain, il nous faut revenir sur le passé et tenir compte du présent.
Qu’on ne se méprenne pas toutefois, car mon intention n’est pas de procéder à un énième historique de la Coopération Vinicole.
« Fille de la misère » suivant une vieille expression, la coopération vinicole le fut incontestablement dans les premières années de ce siècle. Face à la crise, face aux difficultés économiques accablantes, il fallait résister, se grouper pour être plus forts et la solution coopérative, avec ses immenses qualités, s’imposa.
Puis vint le temps de l’organisation du marché avec l’effort de rationalisation entrepris entre les deux guerres. Dans cette conjoncture, la coopération devait s’épanouir et jouer pleinement son rôle.
C’est l’époque des grandes réalisations et aussi celle du renforcement du tissu coopératif.
La Coopération était parfaitement outillée pour jouer un rôle majeur pour le stockage de la production et la régulation de la mise en marché si indispensable notamment pour les Vins de Table, à l’époque VCC ; rôle qui devait être renforcé par le développement du processus de la vente en commun, renforçant la position de l’offre vis-à-vis d’une demande allant se renforçant constamment.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, se développa un très grand effort de commercialisation du produit dans notre secteur coopératif. Le vigneron coopérateur produisait, très bien, mais entendait faire valoir son produit, développant vente directe, embouteillage et conditionnement, se préoccupant ainsi de la commercialisation du fruit de son travail.
Mais parallèlement à cette évolution - parade aux graves difficultés pesant sur l’exploitation familiale - gestion économique - effort de commercialisation - se développait dès le début du mouvement coopératif vinicole un considérable effort dans le sens d’une qualité sans cesse accrue des produits.
Cette action qui devait donner les résultats que l’on connaît et sur lesquels nous reviendrons, demandait des moyens mais aussi une discipline et des efforts constants.
Des moyens ? - La Coopération par le regroupement des énergies qu’elle suppose, était particulièrement à même de s’en doter, moyens et matériels toujours moderne, de vinification, de stockage et de conditionnement.
Mais les moyens en matériel, bien entendu, ne suffisent pas et il faut s’entourer des compétences et des dévouements nécessaires. Ce fut fait.
Qu’il me soit permis, et l’endroit est particulièrement bien choisi, de rendre l’hommage qu’ils méritent à nos collaborateurs œnologues sans qui rien de ce qui a été entrepris dans le domaine de la qualité n’aurait pu voir le jour.
Les producteurs de leur côté ont fait montre d’un très grand esprit de discipline consentant de lourds sacrifices. Discipline de production, encépagement de qualité, mode de culture, soins extrêmes apportés à la vinification et à la conservation des produits. La reconnaissance comme groupements de producteurs de très nombreuses caves et unions est venue à la fois concrétiser cet effort et donner plus de pouvoirs aux entreprises pour mener leur politique de qualité.
Les résultats sont connus : amélioration constante des produits personnalisés, résurrection de prestigieuses appellations ; développement de la production des vins de pays, etc.
Et maintenant, dira-t-on, et dans le futur ? - Une réponse s’impose : maintenir et amplifier les tendances que nous venons de décrire.