AVANT-PROPOS
orsqu’en janvier 1944, j’ai été nommé Contrôleur de la Protection des végétaux à Montpellier, j’étais chargé d’examiner les plantations des vignes mères de porte-greffes et d’hybrides producteurs directs, ainsi que les pépinières de racinés de vignes américaines (porte-greffes et hybrides) ou de greffés-soudés (cépages de cuve et de table). Il s’agissait d’une tâche immense, jamais entreprise auparavant. Dans le cadre de cette Section de contrôle des bois et plants de vignes dépendant administrativement de la Protection des végétaux, il m’a fallu tout créer et organiser : établir un fichier des pépiniéristes français, recenser les parcelles des vignes mères par variétés en vérifiant l’exactitude des déclarations sur le terrain à partir des plans cadastraux. Ce dernier travail a été entrepris avec Henri Agnel en 1944 et 1945, et poursuivi avec d’autres jeunes ingénieurs - Lagard, Truel, Guillot, Nespoulous, Marcout, Artozoul, Fallot, Valat, Baudel, Bernard - qui sont tous devenus des spécialistes de l’ampélographie et ont formé bien des cadres de l’Institut des Vins de Consommation courante (IVCC), prédécesseur de l’Onivit et de l’actuel l’Onivins (Office national interprofessionnel des vins).
Pour faire face aux multiples problèmes soulevés par l’identification des cépages, j’ai commencé par constituer un fichier de références bibliographiques sur chaque cépage, en dépouillant les livres et les revues viticoles de la bibliothèque du laboratoire de viticulture de l’École d’Agriculture de Montpellier. J’ai entrepris parallèlement la description botanique des cépages présents dans les collections de l’École (2 500 cépages), en observant les phénomènes végétatifs - débourrement, floraison, maturité, rougissement automnal éventuel, défeuillaison - et en notant leur sensibilité aux maladies et parasites (phylloxéra, mildiou, oïdium, gelées d’hiver). J’ai constitué également un herbier des espèces américaines et asiatiques, des porte-greffes, des hybrides producteurs directs, des cépages de cuve et de table, herbier que j’ai continué d’enrichir tout au long de ma carrière en récoltant des feuilles de vignes dans les pays où j’ai séjourné : Afghanistan, Allemagne, Brésil, Canada, Chypre, Corée du Sud, États-Unis, Hongrie, Italie, Maroc, Mexique, Portugal, Roumanie, Sardaigne, Sicile, Slovaquie, Suisse, Taiwan, Thailande, Tunisie, Uruguay, Venezuela.
Jusqu’ici, je n’avais publié qu’une partie de cette documentation : Les Vignes américaines (espèces, porte-greffes, hybrides producteurs directs), les cépages de cuve français dans l’Ampélographie française et les cépages de table internationaux dans le tome IV des Cépages et Vignobles de France. L’initiative prise par les éditions Hachette de me confier la rédaction du Dictionnaire encyclopédique des cépages me permet aujourd’hui de rassembler pour la publication cette formidable documentation accumulée depuis plus de cinquante ans et d’en faire bénéficier tous ceux que l’étude des cépages intéresse. La plupart des descriptions botaniques ont été établies par mes soins et lorsque j’ai dû faire appel, pour les cépages qui me sont inconnus ou mal connus, à d’autres auteurs, ceux-ci sont mentionnés, d’une part pour leur rendre hommage et d’autre part pour leur laisser la responsabilité de leurs descriptions, parfois complétées par mes observations. Les dessins de feuilles sont originaux et proviennent de mes divers ouvrages déjà publiés.
Je n’ai pas la prétention d’avoir tout rassemblé, mais ce dictionnaire, avec plus de 9 600 cépages recensés, représente près de 99 % de l’encépagement mondial. Il subsiste encore quelques synonymes non identifiés que j’ai cependant préféré mentionner dans le doute. Cet ouvrage m’a beaucoup appris, car il m’a fallu procéder à de nombreuses comparaisons de cépages et me livrer à l’étude de livres écrits dans une dizaine de langues. Il m’a en outre donné l’occasion d’ouvrir les herbiers réalisés au cours de mes voyages et de me souvenir des nombreuses heures passées, chaque soir, à changer les feuilles placées dans les papiers journaux locaux pour qu’elles sèchent correctement. Si l’étude des cépages a évolué avec l’informatique et les recherches sur l’ADN, les études botaniques sont toujours nécessaires pour identifier les cépages au vignoble ou dans les pépinières. Il reste donc encore de beaux jours aux futurs ampélographes.
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